Alice

« Imiter autrui c’est se soumettre à une sorte de servitude. »

Johann Wolfgang von GOETHE

 

Qui est Alice?

génération babyboumAlice est la muse du Pense-bête. Née après la dernière guerre mondiale, elle est un pur produit du « baby boum »; cette génération (1946-1960) engendrée pour repeupler le monde dans la précarité infligée par un crash économique mondial (1929) et des guerres planétaires ayant décimé en à peine trente ans deux générations consécutives de jeunes mâles. (1914-18 et 1939-45)

Ayant grandi dans la désillusion et surtout le silence des pères de l’après-guerre, Alice a été entraînée par sa mère dans les méandres élitistes de l’émancipation de la femme.

Elle a également été témoin de criants paradoxes

 

Paradoxe social

Pour promouvoir la nation, la génération babyboum du Québec a clamé son nationalisme en pleine dénatalité dans ses familles de souche francophones puis elle a libéralisé la contraception et l’avortement pour honorer le libre choix de la femme à disposer du repeuplement d’après-guerre (s). Le giron de maman a cédé la place aux sièges d’auto et aux casques protecteurs en jetant le féminin pluriel au pied du féminisme singulier. Choisir l’après-guerre pour réclamer l’égalité reste un mystère pour Alice.

Le paradoxe vient du fait que la famille a été jetée avec l’eau du bain. D’une part, l’État refusait aux mamans qui le souhaitaient le salaire journalier pour leur permettre d’éduquer elles-mêmes leurs enfants, d’autre part, il consentait sans égard à la fortune et aux motivations personnelles des boomers, de généreuses subventions pour chaque enfant placé en garderie avant l’âge scolaire. (aujourd’hui +/- 60$ par jour/par enfant).

D’autre part, comme si la famille pouvait se remplacer par des experts théoriciens eux aussi engendrés par les boumers, l’État a assuré par déductions fiscales le financement de milliers d’Organismes et de Fondations corporatives exemptes d’impôts et visant à remplacer la communauté de proximité des familles. Maman est maintenant au travail mais on a des tonnes d’experts qui nous ont coûté la peau des fesses pour « guérir » les carences affectives, économiques et sociales des enfants de « la liberté ». L’entraide est ainsi devenue lucrative sans obligation de résultats.

La libération des femmes les a aussi précipité par milliers au salaire minimum dans des emplois majoritairement peu valorisants tout en prétendant à leur émancipation. Dans la foulée, la famille s’est mise à nécessiter deux salaires pour survivre. L’Élitisme du babyboom a ainsi saboté les appartenances des femmes pour favoriser une fonction publique gourmande en faisant croire à l’égalité des sexes. Il a emprisonné ses plus fragiles individus dans des pacages sans espaces vitaux. Enfants, aînés, malades, handicapés, immigrants sont toujours confiés aux femmes mais dans des conditions toujours moins favorables que celles des hommes. La société urbanisée est de plus en plus précarisée par des citoyens démunis qui se sont vus bousculés pèle-mêle pour devenir des sujets « d’études statistiques ».

La société devait ultimement servir de débouchés de carrière et de champs d’expertises lucratifs pour les curés transformés en experts.

Paradoxe culturel

Le babyboum a condamné ses descendants à des besoins essentiels programmables sur horaires fixes, dépourvus d’ancrage dans des espaces-temps et des rituels équilibrants. Enfin, il a aboli tous les paramètres propres aux appartenances affectives de l’enfance et aux traditions sociales purement spirituelles. En plus, il a éteint les caresses spontanées du lien parental en condamnant les enfants à des « je t’aime » au téléphone ou l’automatisme ad nauseam du lien affectif. Les parents peuvent maintenant clamer « je suis fier » sans même avoir été témoin des exploits de leur progéniture.

Par ailleurs les esprits se targuant de leur émancipation envers le tout-puissant clergé n’ont fait que déserter les prie-dieu des Ordres religieux pour se cloîtrer sans résistance dans les cubicules tout aussi aliénants des Ordres professionnels. Nous sommes passés des vocations divines aux plans de carrières. Les experts auto proclamés l’ont même fait avec toute la ferveur et l’aveuglement du fidèle ayant vu la Lumière.

Le babyboum a ainsi troqué une Autorité bigote pour une Gouvernance incestueuse. De père en fils et de mère en fille, le pouvoir est maintenant diffusé dans tous les domaines publiques par des familles et des clans qui se passent le flambeau. Nos guides sont toujours éclairés par une foi aussi prosélyte et discriminatoire qu’une religion. Le Québec a ainsi migré du culte religieux vers l’occulte professionnel avec la même mentalité de clocher (46 Ordres professionnels) et des familles d’acteurs, de communicateurs et de décideurs qui emprisonnent notre vision du monde dans leurs cercles fermés.

Même les pays sont gouvernés par des familles de politiciens.

C’est ainsi que la soumission du peuple a migré vers les gratte-ciels ayant supplanté les églises comme lieux de dévotion aveugle. Malgré l’accès à l’Éducation, notre culture reste immuablement coincée dans la dévotion envers des icônes dont les messes se sont transformées en galas. Désormais les superstitions et les processions se manifestent en images de marques et en plans marketing religieusement défendus. Le Québec est devenu ainsi un peuple de votants subjugués par la manipulation de ses idoles mais toujours à genoux en attendant LE Sauveur.

Paradoxe économique

Le babyboum a rédigé les évangiles de la « victimisation lucrative » et pour justifier la prolifération des coûts « facturables » du bonheur, il a aussi érigé en système l’insatisfaction existentielle. Pour créer des retours sur investissements dans l’Éducation gratuite (??) il fallait compliquer les rendements fiscaux du petit peuple en ménageant du même coup, comme dans le temps des curés, les fortunes de l’Élite.

Il suffisait de savamment orchestrer l’endettement. Pour y parvenir, on a tout simplement éradiqué la « gratuité du geste d’entraide » des communautés de proximité. Les experts demandent maintenant 100$ de l’heure pour aider des étrangers. On a aussi multiplié tous les stratagèmes de la consommation de masse urbanisée. C’est ainsi que la dîme a fait place aux taxes et la quête aux levées de fonds. La vie économique est désormais taillée dans le besoin non essentiel à la vie, le développement économique hors frontières mais aussi dans les taxes et les impôts locaux et abusifs envers le citoyen moyen.

On paye désormais pour se faire dire qu’il n’y a pas de miracle possible.

Maintenant, la retraite est aussi longue qu’une carrière. Donc, le babyboum a souscrit à l’obsolescence planifiée de ses travailleurs expérimentés, sans distinction de conditions d’emploi. Paradoxalement, il s’est « patenté » une longévité soumise à l’ambition de vieillir dans l’oisiveté subventionnée. Le truc consistait à amasser des fonds produits par ses subalternes. L’idée venait des experts tous azimuts, sans aucune valeur ajoutée à la qualité de vie, aussi appelés Dieux de l’ailleurs meilleur. Ils nous ont carrément leurré avec leurs saintes écritures propagées par leurs apôtres de l’éternelle jeunesse et du placement à long terme.

Dans le but de banaliser ses incohérences, comme si ce n’était pas suffisant de se mentir à lui-même, le babyboom s’est fabriqué un « vivre ensemble » à géométrie variable.  Au diable les inégalités, il a consacré son Éducation au profit exclusif des rémoras de la fonction publique qui surfent sur la cagnotte des requins du Corporatisme, des Ordres, des Fondations et de l’État. Leur rôle est de protéger ces nouveaux riches tous insatiables et sans « imputabilité de résultats ». Il suffit de trafiquer ses statistiques pour toucher le magot que le gouvernement met à la disposition de ses amis.

Le Québec, sur un territoire six fois grand comme la France mais il a huit fois moins de population. Pourtant, il a instauré un autre paradoxe qui reste le plus déroutant pour Alice. Ce paradis de fertilité ne parvient même pas à nourrir son peuple minuscule malgré son vaste terroir. Il a sombré dans l’illusion de préceptes empruntés au capitalisme sauvage et cela à l’encontre du respect de son propre peuple. Il a fait sienne une économie capitaliste dont le développement repose sur la non-qualité. L’activité lucrative est fondée sur le déni des limites de l’équilibre humain.  Il a cru à tort que la dignité de ses citoyens résidait dans l’éclatement de la cellule familiale, l’asphaltage de ses terres nourricières, l’éclosion de l’endettement tous azimuts, la surmédication du mal de vivre, la judiciarisation et la répression de la responsabilité individuelle.

Le Québec s’est vautré dans la congestion voleuse de temps et de santé de ses cités polluées. Ce paradoxe de l’urbanisation est amplifié par la diversité culturelle mal assumée qui s’est installée en ville sans pour autant que l’État sache adéquatement accueillir ses talents importés et lui insuffler la noblesse de nos racines.

Un soupçon d’Histoire

Contexte d’une autodidacte

Comme tous les natifs de sa génération, Alice a donc vécu depuis sa naissance la ligne téléphonique à abonnés multiples, la pompe à eau dans l’évier de cuisine à Montréal, l’automobile à max 120km/h sans ceintures pour grosses familles, la livraison quotidienne du lait homogénéisé avec un collet de un pouce de vraie crème, les bonbons à 3 pour 1 sou, la télévision à seulement deux canaux en noir et blanc en versions anglo/franco, le frigo refroidi avec la glace livrée à cheval, puis, le tour du monde d’une fille en auberges de jeunesse ainsi que le tramway et l’autobus électriques  (hé oui, il y a 60 ans déjà ça existait).

 

Puis dans une même vie, elle a assisté à l’apparition du téléphone cellulaire qui sert aussi de GPS pour les parents, de l’ordinateur qui réfléchit à notre place, du voyage aérien en tout-inclus, de l’automobile super turbo paralysée dans le trafic avec cinq ceintures mais sans aucun enfant à bord, du four à micro-ondes qui grille même le cerveau, des OGM  internationaux (aliments) trafiqués esthétiquement quand les carottes poussent à côté de chez-nous et des centaines de canaux de télé avec en direct les drames et les guerres d’une planète-mère fatiguée. Alice a assisté en direct au débarquement sur la lune made in US de 1969 pendant qu’on s’apprêtait à détruire la planète terre. Et on dit que le babyboum a de la difficulté avec le changement…!?

Alice, fille d’ouvrier, a participé à la scolarisation obligatoire au Québec (même pour les filles). petit chinoisPour mériter l’indulgence de Dieu et au nom des écoles chrétiennes, Alice, pour vingt-cinq sous, vendait dans sa jeunesse les images des « petits chinois  » à convertir afin de les sauver du communisme.

Tout cela pendant la sanglante guerre du Vietnam (1945-1975) et peu avant l’expo universelle de Montréal Terre des hommes de 1967 dédiée à la fraternité des peuples de la terre. Ensuite, Alice a participé en Mai 68 à la révolution d’une jeunesse visionnaire, déterminée à libérer les peuples du Monde. Elle a inauguré à l’adolescence la mixité à l’école, petit pas vers l’égalité. Ses mentors l’ont initié au langage binaire et aux langues étrangères à l’adolescence pendant que l’État du Québec sans inclure la francophonie nord-américaine ni même canadienne, s’engageait avec les anglophones du Québec sur la montagne russe du français officiel de sa loi 101.

C’est dans cette effervescence qu’Alice a dû malgré elle abandonner en 68 le très francophone cours classique du Collège Ste-Marie devenu l’Université « populaire » du Québec en 69. D’une famille économiquement très précaire, les études gratuites à temps plein devenaient trop chères pour elle. Elle passa aux études à la carte. Puis le ton de la libération a monté au Québec avec un assassinat politique, elle assista dans les loges à la Crise d’octobre (1970).

Vingt ans plus tard les petits chinois de ses images connaissaient le massacre de la place Tiananmen.(1989). Puis commençaient leur conquête de l’Occident. Le pendule virait de bord. En novembre 1989, le mur de la honte tombait à Berlin et l’URSS se démantelait en 1991 mettant fin à la guerre dite froide initiée contre les communistes.

Puis la réingénierie des processus a propulsé le chômage vers des sommets non comptabilisés en les déguisant en retraites et en bloquant l’accès des jeunes au travail. Puis les tours tombèrent à New-York en 2001 et l’islamisme prit la relève du communisme comme doctrine à rayer de l’univers capitaliste. Le Monde passa du leadership vertical à l’exercice du pouvoir à l’horizontal et perdit l’un après l’autre ses leaders charismatiques… et les réseaux sociaux devinrent la voix du peuple.

alice au pays des tweets

Alice a décroché très tôt de l’usine à diplômes. Elle a lu à seize ans  « Le meilleur des Mondes » de Aldous Huxley écrit en 1931 et elle y a vu une prophétie effrayante sur le clonage humain. Pour éviter l’endoctrinement, elle a migré à contre-courant de l’urbanisation rampante de sa génération. Déterminée à sauver son âme des bureaucraties, elle a refusé de compresser son avenir dans des complexes administratifs sans imagination, sans air et sans soleil. Elle voulait éviter les dogmes sans repères de sens qui au nom de la science et de l’efficacité économique se coagulaient dans les artères urbaines.

Alice aimait trop la connaissance pour se contenter de croyances émises par des profs qui ne ressentaient jamais l’incertitude parce qu’on les avaient fabriqués de toutes pièces chez des utopistes. En revanche, elle a appris par curiosité, s’est entourée de créatifs et a réfuté la propagation d’une éducation en combos « one size fits all« . Malgré une constante discipline d’épargne la logique économique a rompu les promesses d’abondance du long terme et elle a engouffré les fonds de retraite d’Alice avant même qu’elle n’ait atteint ses 65 ans (2011). Alice est donc revenue à l’essentiel!

Être et prendre soin d’elle-même!

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Le Pense-bête

… pour que jamais Alice ne s’éloigne de ce qui rend la vie si exaltante: L’auto accomplissement qui à force de saine curiosité lui aura permis de composter l’adversité.