C’est quoi ton genre?

C’est quoi ton genre?

La guerre des genres

La guerre des genres bat son plein. Une quête intense d’indépendance et d’égalité aura mis le féminin en compétition directe avec le masculin. Conséquemment, la détresse des deux genres est devenue palpable.

De plus, la diversité des orientations sexuelles, maintenant dévoilées au grand jour, chamboule les repères traditionnels de l’identité des genres. Tout cela au-delà de la tolérance de l’humanité envers la vérité sur elle-même.

L’authenticité a perdu ses frontières de genre. En fait, on a construit des collectivités dans lesquelles on peut clamer être n’importe qui en même temps que son contraire sans surprendre personne. En bout de piste nous parvenons à édifier notre identité sociale avec la médiocrité et la sainteté ayant droit à la même légitimité. Le genre doit devenir égal à son antithèse et à la fois se sentir accepté comme différent et minoritaire.

Du religieux au laïc

Racisme, sexisme, âgisme, extrémisme, impérialisme, terrorisme, protectionisme et j’en passe forment pourtant toujours la trame de fond des communautés de proximité ancrées dans la tradition sectaire des appartenances. Ces collectivités où le genre et le sexe ont de plus en plus le même sens.

Longtemps camouflée dans le secret de nos alcôves, l’hostilité envers « l’autre gang » est maintenant chose publique. Du politicien au bambin, il est impératif d’affirmer sa suprématie sur ce qui est différent de soi. Mais comment quand on ne reconnait plus ses semblables dans la foule? Tout simplement par élimination.

La liberté est donc la conformité à tout prix à une panoplie de normes qui échappent obligatoirement à la tradition. Contre toute logique, la laïcité telle une religion donne toujours aux élites les clés de la vérité sur soi. Surtout quand l’individualité doit suivre les règles du bien, du mal et du savoir vivre de son temps. Si auparavant la foi en un dieu balisait nos conduites, maintenant c’est la foi en soi qui cristallise nos allégeances à l’ego surdimensionnė de nos idoles. Dieu est ainsi incarné en superstar. Le besoin de se soumettre « à plus grand que soi » quant a lui est resté intact.

Tsé genre comme

La famille est d’ailleurs la première cellule à souffrir de cet éclatement des appartenances qui avaient un rôle rassurant pour l’identité. Aujourd’hui, c’est devenu normal de recomposer sa famille ou de renier ses parents, ses enfants et sa fratrie au nom de la liberté d’être soi-même. Devenir comme eux c’est se limiter ou se soumettre. A quoi? Ça, c’est un autre débat.

Ainsi des kits de personnalités sont mis en marché par les Ordres et Communautés désormais laïcisés. Nous disposons de parcours tout inclus et nivelés selon notre profil de fan comme au temps des religions où il fallait renoncer à tout élan individuel de créativité pour être reconnu comme l’un des leurs. Vive la liberté!

Paradoxalement, tout un chacun a le même droit inaliénable d’exprimer son identité haut et fort. Ainsi, la détresse de ne plus savoir qui l’on est a multiplié les professions « libérales » créées pour l’occasion et devant servir à justifier, réorienter ou guérir les dérapages humains de notre émancipation culturelle. Si je dis que mon enfance à été difficile, on me croira sur parole et j’aurai désormais le droit de me déclarer victime de la société pour me laver de mes crimes envers elle! Vive la liberté!

Unique en son genre

L’éducation laïque confond individualité et subjectivité de même que genre et sexe. Elle est en fait la nouvelle religion qui dicte les normes du savoir vivre selon la rentabilité du geste. Fini le signe religieux qui dévoile nos allégeances. Maintenant, c’est un cellulaire, la casquette à l’envers, le décolleté plongeant et le jean troué qui manifestent notre unicité. Vive le droit d’être soi-même! C’est plus lucratif.

Les médias emboîtent le pas de la médiocrité et nous précipitent de gala en gala dans ce cul-de-sac du nivellement social. Leur talent créatif, bien encadré par les Ordres et les Associations laïques, s’exprime en calquant leurs œuvres sur les états d’âme du monde mal pris. Le journaliste, l’humoriste et l’auteur populiste forment un chœur incestueux chantant les incohérences du peuple accro à ses malheurs. Sans retenue, le blasphème bien senti rend donc crédible leurs scénarios ! Après tout, on ne renonce pas à la religion sans en garder des séquelles.

L’individualiste sans l’individualité

Par ailleurs, ce droit à l’individualité multiplie dans son sillage les courbettes du fanatisme sectaire. Ce dernier découle de l’incapacité d’assumer sa propre individualité, son propre genre. Ça prend toujours une gang pour être individualiste. Le féminisme en est un parfait exemple. On veut être une femme tellement égale à l’homme qu’on en perd le sens même du féminin comme genre distinctif. Il y a autant d’inégalités et d’abus entre les femmes elles-mêmes qu’avec les hommes et pourtant personne n’envahit la place publique pour s’en plaindre.

C’est quoi être une femme? Qu’est-ce qui nous distingue sans qu’on se sente désormais condamnée à la honte d’en avoir les traditions? Fussent-elles sombres autant que lumineuses. Avons-nous confiné la définition de la femme à son statut de victime et à sa valeur économique inéquitable?

Vous vous souvenez de ces couleurs du dépaysement qui distinguaient ici et ailleurs, l’autre et moi ou encore elle et lui? Et vous, c’est quoi votre genre?

Décidez-vous pendant qu’il est encore permis d’être unique en son genre.