La vieille femme

La vieille femme

Journée internationale de la Femme 2017.

Quelle femme honore-t-on vraiment?

Chaque année le 8 mars, on célèbre la femme. Chaque année le 8 mars, je me demande quelle femme célèbre-t-on vraiment? Depuis plus de soixante ans, je constate qu’il  y a tant de différences entre les femmes elles-mêmes  que parfois c’est impossible pour moi encore aujourd’hui de croire en l’égalité avec les hommes sans d’abord prôner l’égalité entre les femmes.

Pendant que le viol est toujours vu comme une pratique acceptable en Europe, que l’excision a toujours cours en Afrique et pendant que nos femmes autochtones sont refoulées par la justice sans invoquer de véritables motifs, on continue d’honorer la femme ponctuellement le 8 mars. Pourtant, ici même au Canada, la petite expression « faute de preuves » est devenu le mantra de la jurisprudence si habile à disqualifier les recours déjà limités des femmes (faute d’argent). Ni les canadiennes, ni les américaines n’ont pu établir la légitimité de leurs accusations dans des causes devenues célèbres. Pendant ce temps, les plus grossières allusions d’un candidat au plus puissant poste de gouvernance des US n’ont aucunement infléchi les appuis (même féminins) qui l’ont élu à la présidence.

Je me demande chaque année quel est l’agenda des militantes féministes qui croient que le statut de la femme s’est nettement amélioré dans nos démocraties restées sans équivoque à double standard? Ont-elles pour mission d’engendrer des slogans sans lendemain? Que fait la minorité visible de femmes déjà privilégiées qui tout en réclamant l’égalité avec les hommes n’ont que de pauvres jugements pour celles qui ne traversent pas le plafond de verre avec elles. Faut-il absolument que la femme devienne comme l’homme pour mériter un traitement digne et égalitaire?

La femme est demeurée la soignante de service avec un salaire nettement déficitaire pour la très grande majorité de nos sociétés modernes. Services de garde – Services aux aînés – Aidantes naturelles – Médecine alternative et de soutien- Enseignement primaire- Service aux chambres et toutes ces places en commerces et services clientèle au salaire minimum.

La vieille femme et le cul-de-sac

Le féminisme ne s’y intéresse pas.

En 2011, la première cohorte de boomers a atteint ses 65 ans. Depuis six ans, que devient la femme vieillissante? Une minorité auront les ressources pour assurer leur autonomie jusqu’au bout. Beaucoup surferont autour du Monde sur la pension de leur mari. Les plus maternelles deviendront la main-d’oeuvre de dépannage de leur progéniture hyperactive. Faute de filet familial, une trop grande partie des vieilles finiront leurs jours dans la solitude et la très grande majorité (+/- les deux tiers) continuera de voguer dans la précarité. La vieille femme n’est pas sexy quoique soit l’image que tentent de promouvoir les revues sur le sujet. Il y a des classes de femmes comme il y a des classes sociales. Les stéréotypes soulignant les effets de la gravité sur leur apparence frappent toujours l’imaginaire et gangrènent leur légitimité à maintenir le plus longtemps possible une carrière payante.

Je suis prête à entendre et à lire comment nos organismes féministes agissent concrètement sur le sort des femmes vieillissantes du Québec. Pour le moment, c’est toujours la carrière qui domine dans les initiatives du féminisme. La réalité des femmes vieillissantes fait quant à elle face au cul-de-sac. L’âge d’or des femmes devrait pourtant avoir accès à l’égalité qui fait cruellement défaut au niveau de l’emploi, des épargnes, du statut social et même du statut légal parmi les femmes elles-mêmes.

La vieille femme et l’État

Faut-il qu’elle soit riche pour être digne?

Toute tentative de la femme seule et vieillissante de joindre ses revenus à ceux d’autres personnes vieillissantes, pour créer une synergie positive, menace de réduire plutôt que d’augmenter ses ressources. Pour faire face de façon autonome à la précarité elle risque de perdre ses minces revenus si seulement elle tente de partager ses frais fixes avec d’autres vieux comme elle. L’État ne reconnait pas l’entraide économique comme mesure salvatrice de la dignité humaine. Complètement déconnecté de sa base électorale, il taxera, coupera, car lui-même veut la femme vieillissante précaire, seule et fragile. L’État ignore la réalité de ses populations féminines vieillissantes. Il les fragilisera et ira jusqu’à leur couper des droits sans égard aux coûts sociaux autant qu’humains et ultimement économiques de son ignorance des réels enjeux.

Ne serait-il pas temps que l’on s’intéresse à un sujet qui risque de peser très lourd sur les épaules de ces jeunes générations qui croient encore aux mythes et stéréotypes des grands-mamans indestructibles et bien nanties?