Peur de mourir et science

Peur de mourir et science

Mourir vieux ou vivre mieux

À quoi rime cette quête de longévité? Serait-elle seulement un réflexe scientifique en réponse à la peur de mourir? On prédit que vers 2040 ou 50, l’espérance de vie aura possiblement atteint 95 ans.

Pourtant, on est déjà coincé dans le paradoxe de la quatrième génération. Pourquoi en rajouter puisque l’âgisme associe volontiers l’âge d’or au début de la cinquantaine. Le plus ridicule est qu’à 55 ans on a déjà droit de se retirer de la vie productive pour passer les trente années suivantes à consommer son paradis terrestre. Il suffit de vingt ans de carrière pour jouir de trente ans de retraite.  En conséquence, malgré une longévité accrue de vingt ans grâce à une meilleure santé, on déclare l’âge d’or responsable des coûts de santé exorbitants des collectivités.

Vieillir par peur de mourir

Imaginons un peu une vieillesse plus longue que la durée de la force de l’âge. Comment peut-on assurer la contribution essentielle à la production des ressources nécessaires pour la soutenir?  A-t-on vraiment évalué les impacts socio-politico-écono démographiques d’une telle prétention? À qui sert réellement la longévité?

Sur le sujet, il faut lire l’ouvrage « Et l’homme créa la vie, une révolution biologique sans précédent. » – Joël de Rosnay

Vieillir est selon certains chercheurs dont David Gems, une maladie dégénérative complexe mais curable. Bien sûr, l’immortalité n’est toujours pas à l’ordre du jour et la prévention du vieillissement elle-même ne fait pas l’unanimité. Pourtant les prédictions de longévité semblent vouloir s’avérer. On y est déjà avec ces vingt ans ajoutés à l’espérance de vie du boomer moyen depuis à peine quelques décennies. Il pourrait même y ajouter dix ans de plus pendant qu’il cuve sa vieillesse. Ainsi donc, il est réaliste de voir poindre à l’horizon une cinquième voire une sixième génération.

Bienvenue aux conflits de valeurs générationnels déjà ingérables.

Cobaye de la longévité

Loin de la Nature soutenant sa vitalité et de plus en plus loin de sa tradition culturelle de proximité, la désormais « machine » humaine se désincarne peu à peu. La peur de mourir est l’arme de destruction massive de sa liberté. À notre insu, la mondialisation nivelle l’Humanité en utilisant comme leurre le droit absolu à l’individualité. Elle est érigée en un semblant de mode de vie inaliénable offrant la vie facile dans l’immédiat, le présent. La peur de mourir est ainsi apaisée juste assez pour inciter à souscrire à ce marketing de l’image de soi répondant à la quête viscérale d’éternité.

Les dons d’organes, les transfusions sanguines, les greffes de moelle, les antibiotiques et tous ces stratagèmes ont largement contribué à repousser la mort. On condamne même à d’atroces souffrances des êtres sans aucune qualité de vie dans le seul espoir d’une improbable cure.  Quelques faux diagnostics suffisent à ranimer l’espoir par de soi-disant miraculeuses guérisons.  D’autre part, que deviennent l’esprit et l’âme  incarnés dans la chair de l’Homo sapiens charcutée par les chirurgies de la beauté ?

Le clonage en Éducation avec des programmes uniformisés pour tous, la laïcité à tout prix, l’illettrisme scolarisé et les pacages urbains ne sont-ils pas devenus des antithèses de l’humanisation? Pourtant l’Humanité s’engouffre vivante dans ce paradigme d’une troublante insignifiance.

Si l’on considère la connaissance de soi comme une condition de la liberté, comment expliquer l’ego à fleur de peau, si sensible à la critique et incapable d’introspection?

 

Les icônes ne sont plus des statues

Les réseaux sociaux sont aussi de puissants baromètres de l’éternelle jeunesse. Ils créent des icônes vivantes et compilent les habitudes de vie des masses. Du même coup ils étalent la profondeur de leur ignorance de l’essentiel. Cette tendance me semble un peu tordue. En effet, les réseaux sociaux déforment nos perceptions de l’image de soi qui s’y profile.

De plus, les décisions politiques prises à l’encontre du gros bon sens sont légion. Elles semblent démontrer une manipulation évidente de ces réseaux dans la gestion des enjeux sociaux. Les experts populistes s’en régalent.

Par ailleurs, le marketing de la longévité ne serait-il pas le moyen idéal pour fournir des échantillons aux scientifiques de l’immortalité?  En effet, quoi de mieux que la voix du peuple vantant le refus de la vieillesse pour justifier de mauvaises décisions sur l’âge d’or.

Parallèlement, l’élite planétaire, toujours aussi nomade que cupide rêve de conquérir l’Univers. Pourtant et contre toute attente, elle a trouvé les moyens de rendre l’Humanité consentante à s’agglutiner dans des mégapoles surpeuplées.

Ainsi, elle assure son pouvoir par des dépendances à l’urbanisation. C’est pourquoi avec des technologies qui traversent en une fraction de seconde le temps et l’espace, on s’empile les uns sur les autres et on tasse nos vieux en pacages.

Le plus insensé est qu’on n’arrive pas plus à se dévoiler intimement à ses proches ou à garder tout le monde à l’abri de la misère. Quel paradoxe de la science sociale!

 

Paradis terrestre et peur de mourir

En concentrant la vie humaine dans des cités irrespirables, l’élite au pouvoir a donné à la science un filon fiable de cobayes facilement accessible. Quoi de mieux pour expérimenter des hypothèses de domination de la vie humaine que de jouer au Bon Dieu.

Il suffit de s’intéresser un tout petit peu à nos contradictions pour réaliser à quel point l’être humain est devenu l’acteur d’un spectacle navrant de la peur. La peur de la mort déguisée en rage de vivre intoxique le bonheur. En pilule, granule, crème ou encore en addictions diverses et en chirurgies esthétiques, on creuse la vie éternelle en engourdissant la vie elle-même. La science diffuse les dix commandements d’un parcours terrestre réussi par le nivellement de la pensée.

Pour la sauvegarde d’une minorité cupide, c’est en détruisant la vie sur la terre qu’on invite à la longévité. On prolonge ainsi des vieux dépouillés de toute dignité et souvent même de toute identité.

On a mis la clé dans la porte du paradis divin en prônant l’ici et le maintenant de la jouissance en direct. Pourtant, on exclut volontiers les plus de cinquante ans de la fête. Continuons de nous accrocher à nos vies devenues insignifiantes hors des cliques. Nous avons désormais des scientifiques pour tout expliquer de cette vaste fumisterie qu’est la longévité.

En attendant, je cherche à comprendre au moins d’où je viens faute de savoir où j

e vais en attendant ma mort.