Apprendre à apprendre
Grâce à mon père j’ai appris à apprendre et plus tard c’est tout ce que j’ai tenté d’enseigner à mes filles, toutes deux décrocheuses. Apprendre pour être conscientes ! Pour toujours avoir leurs outils à portée de la main. Je dévore la connaissance car elle me nourrit, me rend autonome et me prévient des pièges de la dépendance même si je me sens de plus en plus ignorante tellement le temps me manque pour tout apprendre. Je n’ai jamais eu de maître assez patient pour répondre à toutes mes questions. Je n’ai jamais eu de mentor assez polyvalent pour brancher tous les liens qui titillent constamment mon esprit. J’ai toujours eu les livres et ma curiosité et j’ai eu mon père! Mieux que de l’argent, il m’a offert du temps!
Mon père travaillait dur et il croyait aux sévices physiques pour imposer sa vision de la discipline. Il avait pourtant compris que l’argent était un serviteur, pas un maître. Il savait que le temps d’un parent ne se renouvelle pas. Il connaissait d’instinct la valeur du cycle de la vie. Sans argent, il m’a enseigné à prendre charge et ne m’a jamais donné une réponse toute faite. Il m’a plutôt accompagné sur le trajet vers la bibliothèque municipale et m’a ouvert l’appétit pour la connaissance. On s’amusait à chercher ou à inventer ensemble la meilleure possibilité de résoudre les énigmes du quotidien. Qui a décidé que 1+1 = 2? Personne n’a jamais pu me répondre. Mais ce n’était pas important. Mon père m’a appris à toujours espérer la réponse sans me décourager de la chercher. Le découragement était matière à punition corporelle pour cet infirmier qui avait soigné des soldats estropiés durant toute la guerre 39-45. Ne pas apprendre était pour lui la déchéance ultime tellement il voyait la privation de connaissance comme la réelle trahison des mauvais éducateurs.
Il disait: « Si l’homme doit se comporter comme un animal, il se fera traiter comme un animal……et seulement la connaissance peut le sauver de donner son temps et son espace pour un essclavage qui enrichit seulement les puissants.? C’est cela que la guerre lui avait appris.
N’est pas Maître qui veut
Ma plus grande frustration se résume à trouver trop superficielle la connaissance enseignée à l’école. Avoir des bonnes notes ne m’intéressait pas. Je voulais savoir. C’est tout. La plupart du temps, un mot, une phrase ou un concept allumait dans mon esprit des tas d’hypothèses que je voulais vérifier. Mais les programmes ne me permettaient pas d’aller vers la connaissance. Il fallait me contenter de celle que le prof avait préparé dans son cahier et dans l’ordre qu’il avait décidé d’établir. La curiosité si naturelle des enfants n’avait pas sa place. Et c’est devenu pire pour mes enfants et mes petits-enfants.
On me trouvait agaçante avec mes questions « hors du sujet ». Aujourd’hui, à 61 ans, je n’ai pas changé et l’école n’a pas encore appris à enseigner l’essentiel. Apprendre à apprendre, c’est ça l’essentiel. Pas le français et les maths. Ceux-là viennent quand la curiosité est allumée d’abord.
La pire réponse d’un prof: « C’est comme ça parce que je l’ai appris comme ça! » m’a toujours insultée. La vérité, c’est que même quand j’ai des réponses, elles suscitent d’autres questions et suggèrent d’autres liens à faire. La vie de mes neurones en dépend. Mes deux hémisphères n’arrêtent jamais de se harceler mutuellement pour trancher une fois pour toute sans y parvenir. Je me sens vivante quand j’apprends. J’ai donc décidé de suivre ma propre voie et d’ouvrir la leur à mes enfants.
Je suis une autodidacte
Refuser les vérités qui limitent
Mes filles ont décroché par ennui et raccroché par passion. Toutes deux ont appris à apprendre et malgré leurs décrochages, je sais que leur boîte à outils est pleine. Elles ont appris à la remplir. Pour ma part, je ne laisse personne limiter mon accès à la connaissance et surtout je n’accepte jamais une réponse comme l’unique Vérité qui existe.
Les experts m’ennuient par leur suffisance mais les Maîtres me fascinent par leur humilité face à la découverte. C’est comme cela que j’ai toujours réussi à m’entourer de gens qui en savent plus que moi sans m’empêcher de le remettre en question. Si je suis responsable de mon parcours, je ne dessine pourtant pas les paysages qui se révèlent à moi sur le chemin. Je suis autodidacte…pas auto suffisante.
Cela dit, on m’a mise hors du circuit de l’enseignement, lors d’une réforme, parce que mon mur n’est pas décoré de logos universitaires. Je n’étais pas reconnue comme compétente. On n’a pas non plus reconnu mes apprentissages, même si ils totalisent au moins 20 ans de scolarité. Qu’à cela ne tienne, ma boîte à outils est pleine mais je continue de la remplir……et cela est ma plus grande réussite.
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Autodidacte par choix et facilitatrice par passion, Diane Blaquière a parcouru plusieurs cycles de transformation des organisations et a ainsi acquis une solide expérience de la simplification de transitions complexes en milieu de travail. Sa plus grande découverte a été la multiplication des paradoxes qui freinent l'innovation et la création de valeur.