Changer le monde du travail

Changer le monde du travail

Apprendre à apprendre

Quand les premiers balbutiements du système binaire m’ont été présentés, j’avais 13 ans. André Goyer, un étudiant de 5 ans mon aîné essayait de me convaincre que bientôt le monde serait mené par deux chiffres. Le 0 et le 1. Que de chemin parcouru depuis cet après-midi de 1962 sur les marches du perron où je rêvais d’un monde meilleur. Puis vinrent tous ces autres mentors qui ont répondu à ma curiosité.Plusieurs Pierre, plusieurs Marc, quelques Albert et l’unique Terry. Je ne pourrais nommer ici tous les collègues de travail qui m’ont inspiré mais je retiens ceux qui m’ont appris à apprendre. Aucun d’eux n’était prof.

Aujourd’hui, on a donné des noms à tous mes apprentissages mais on m’a exclue de la course car je manque de vocabulaire savant pour en parler. Pourtant! Bien peu de gens m’ont appris à apprendre comme mes mentors l’ont fait.

L’évolution de l’informatique depuis ses débuts est une affaire d’opérations pour moi. J’en explore constamment le pratico-pratique et en autodidacte, je perce les secrets de multiples applications. Ni mathématicienne, ni même informaticienne, j’ai accompagné tellement de mutations d’entreprises qu’il m’est impossible de me souvenir où j’ai appris quoi. Ce que je sais, je l’ai appris en posant des questions et directement sur le terrain.

La valeur du travail

La science et la connaissance ont changé la relation que nous avons avec le temps et et l’espace. Mais que devient la relation que nous avons avec nous-mêmes et le travail? Jamais un informaticien ou un technicien en informatique ne m’a refusé une réponse. Au contraire! Il me suffisait de poser les questions mais surtout…oui, surtout d’écouter les réponses. Ils m’ont appris que la planète deviendrait un tout petit village où survivraient seulement ceux qui se distingueraient comme homo sapiens par la profondeur de leur ouverture d’esprit. Comme ce jour-là avec André Goyer sur les marches du perron, il y a bientôt 50 ans.

La résistance à la technologie dont le prétexte est la richesse du contact humain ne résiste pas à l’analyse. Il y aura bientôt 50 ans et je vois que le monde court de plus en plus derrière ses souliers et est de moins en moins présent au présent. Les gestes humains comme avoir un enfant, organiser une fête, accueillir un nouveau voisin ou prendre soin d’un aîné sont devenus des « jobs » confiées à des étrangers pendant qu’on fait un vrai travail. Mais pourquoi? Pour goûter au pouvoir de l’argent? Pour la qualité de vie en cubicules et en conventions collectives? Pour avoir les moyens d’être monoparental? Pour s’instruire en cours du soir? Pour aller dans le Sud faire la bamba parce que patiner au Parc Lafontaine est trop ennuyant?

Ce n’est pas la technologie qui éloigne les gens les uns des autres. C’est eux-mêmes qui se divisent pour mieux régner.

Malgré toutes les percées technologiques qui pourraient nous faciliter la vie, le monde refuse obstinément de se mettre à jour. L’arrogance vient de ceux qui ont pris la technologie comme un mal nécessaire de leur emploi et refuse d’en explorer le réel potentiel opérationnel, culturel et relationnel. On continue de gérer avec des trucs et astuces sans comprendre que le monde du travail a profondément besoin d’être réinventé à partir du 0 et du 1, comme celui de l’éducation d’ailleurs. Les routes sont bloquées tous les matins et tous les soirs, les villes sont congestionnées et le clonage va bon train pour créer de plus en plus de citadins. Qu’ont-ils compris de l’équilibre travail famille? Que comprennent-ils vraiment de la valeur du travail?

L’arrogance des parasites

L’équation est biaisée par la valeur que nous accordons collectivement à la notion d’équilibre. On continue de le rechercher à l’extérieur de soi: travail/famille/loisirs ou métro/boulot/dodo. Le système binaire n’a pas influencé la pensée humaine sur les enjeux de l’essentiel. Travailler au lieu de chasser pour obtenir sa nourriture. Au-delà de ça, le travail n’est plus le travail.

Travailler n’est en fait que de maintenir une activité contre une forme quelconque de résultat attendu. Ce résultat sera généralement tangible, vérifiable et plus ou moins gratifiant. Pour les employeurs ce sera des produits et services à vendre et pour les employés, ce sera un salaire pour acheter les produits et services que les employeurs mettent sur le marché. Au passage, on a perdu de vue cette dynamique quand on a créé des couches successives de parasites administratifs et d’actionnaires.

C’est là qu’intervient la notion d’effort. En effet, la perception de l’effort dans le travail sera inversement proportionnelle à la perception de la gratification monétaire obtenue. On a vendu l’idée que de s’instruire donnait le droit de parasiter les systèmes. Et vice et versa. Les systèmes maintiennent le clonage pour continuer de grossir sans que l’humain continue d’en vivre. La chasse est terminée et le chasseur est devenu gibier. Une gazelle devenue trop lourde pour se sauver de ses prédateurs.

Dans le monde du travail, les écarts sont d’autant plus ressentis que le monde ne suit pas. Le monde continue de refuser ce qui pourrait réellement lui permettre un peu d’équilibre. Travailler pour sa nourriture et créer le reste avec sa famille, ses voisins et ses amis. La science et la technologie pourraient le permettre mais l’esprit humain est taillé dans la dépendance et l’allergie au moment présent. Les dieux de l’administration ont compris eux comment utiliser les technologies à leur avantage.

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