Crise économique et mur de verre

Crise économique et mur de verre

Une crise économique programmée

Ces temps-ci, on entend parler de déficit budgétaire, de chômage, sans compter les multiples dommages collatéraux. On a programmé une crise économique qui se produit aux cinq ans mais rentable pour ceux qui veulent retirer leurs billes avant que le babyboom n’arrive à la retraite et ne vide la cagnotte (2011). En complément de programme s’y greffent les fermetures d’entreprises par manque de relève, les faillites, l’épuisement professionnel, les divorces à répétition, la perte de fonds de retraite, la baisse des stocks des banques alimentaires, le décrochage scolaire, la recrudescence de la misère des rues et tous ces mots sociaux qui  épandent un bonheur fabriqué en cubicule par notre société du Savoir.

Nous n’avons jamais eu autant d’experts mais pour joindre l’insulte à l’outrage, voici que certains élus, du haut de leurs tribunes ajustent leurs cravates pour nous parler de reprise économique et d’une croissance réelle en affichant des mines pathétiquement optimistes. Cela va mal, mais cela va bien. A moins d’admettre notre naïveté,, nous pouvons maintenant affirmer que nous sommes dans le siècle des paradoxes économiques. Personne n’a d’argent mais personne ne trouve où il se cache pendant que les millionnaires poussent comme du chiendent dans les sous-sol de la technologie.

Témoignage d’un chômeur instruit

…cette histoire est présentée à la première personne

Voici quelques semaines, j’ai dîné avec quatre copains, question d’aller voir comment se porte le monde. À table, nous étions cinq professionnels de différents horizons: un qui possède deux maîtrises, trois qui ont décroché leur doctorat et moi qui n’affiche qu’une maîtrise complétée par un MBA et un PMP. Qu’avons nous en commun? Eh bien nous sommes tous chômeurs… des chômeurs instruits soit, mais des chômeurs quand même. Le dernier a été mis a pied il y a un mois et c’est lui qui toutes proportions gardées a eu le meilleur « package », 3 mois de salaire.

Lorsque j’ai été mis à pied, j’avais cinquante cinq ans. J’ai été suivi par d’autres qui comme moi sont dans la cinquantaine. Nous avons tous eu une compensation de une semaine par année de service. C’est-à-dire le minimum prévu par la loi.

Lors de ma mise à pied, j’ai déduit que les mises à pied des quinquagénaires abaisserait la moyenne d’âge et surtout la masse salariale. Un objectif officieux dans certains milieux corporatifs « condamnés » par les actionnaires à déclarer des profits et des dividendes croissants. J’ai aussi pris conscience de ce mur invisible que je venais de franchir à cause d’un certain manque de docilité recherché par des gestionnaires eux-mêmes condamnés au rendement sans discussion. L’uniformité « cognitive » devenait un requis au sein de la « nouvelle » main-d’oeuvre. Je réalisais que pour retraverser dans l’autre sens le mur de verre invisible de l’âgisme, il me faudrait apprendre le langage de mon expertise tel qu’actualisé par les recruteurs. Il me faudrait apprendre par coeur les mots-clés à régurgiter pour être digne de réintégrer « à rabais » le monde du travail.

La plupart des universitaires dans la cinquantaine estiment détenir un horizon de dix à vingt ans de travail professionnel « compétent » devant eux. Malheureusement, selon certains chasseurs de têtes et/ou recruteurs, ils sont perçus par les employeurs comme peu flexibles, ne maîtrisant pas les nouvelles technologies et envahissants avec leur passion du détail. On m’a reproché de n’avoir que deux ans d’expérience sur un logiciel qui en avait trois. Et que dire des gros yeux qu’on m’a fait quand j’ai osé corriger l’affichage de poste qui en demandait dix. Pour d’autres nous sommes surqualifiés et donc, sans même que le salaire ne soit abordé, trop chers pour la compagnie. Puis finalement, nous sommes simplement trop vieux pour un plan de carrière ou pour « fitter » dans la jeune gang  gavée au teambuilding.

J’étais finaliste pour quelques emplois car mon CV était presque la copie carbone de la description de poste. On m’a pourtant demandé de le réécrire avec des mots précis pour séduire les gestionnaires. Pourtant, lors de mes suivis, on m’a averti que la description de poste venait subitement d’être modifiée et trop loin de mes qualifications. L’histoire s’est répétée à quelques reprises et je demeure sans emploi : pas facile de pénétrer ce mur qu’est l’âgisme si subtil en emploi.

Un jeune quinquagénaire bardé de diplômes……et chômeur avant l’heure. Suite de cette entrevue samedi le 12 février.

Collaboration spéciale

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